Comprendre ses flux financiers

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Quand je discute avec des amis, je suis toujours surprise de constater que la plupart n’ont qu’une vague idée de leurs dépenses réelles. Beaucoup pensent connaître leurs finances, mais ils ne les ont jamais véritablement examinées en détail. Pour moi, l’une des premières étapes d’un parcours financier consiste à comprendre ses flux financiers actuels.
Car comment décider du montant à utiliser pour le remboursement d’une dette, à son pilier 3a ou à des ETF si l’on ne sait pas déjà où va son argent ?

En finances personnelles, le principe est simple. Il existe trois grands flux à connaître et à suivre : les revenus, les dépenses et l’épargne.

Les revenus

Dans ce calcul, il convient de prendre en compte tous les flux entrants : salaire, revenus d’une activité indépendante, indemnités, revenus accessoires ou même produits de ventes occasionnelles sur Anibis, par exemple.

Concernant le salaire, il est utile de distinguer plusieurs niveaux :

  • le revenu brut : inscrit dans le contrat de travail
  • le revenu net : réellement reçu sur le compte bancaire. Les déductions faites par l’employeur comprennent notamment AVS / AI / APG / AC / LPP / AANP
  • le revenu net après impôts : ce qu’il reste après les impôts communaux, cantonaux et fédéraux (ou l’impôt à la source pour les permis B)

Pour évaluer sa situation financière, le revenu net constitue souvent le point de départ le plus pertinent car il représente l’argent réellement disponible sur le compte bancaire pour financer son mode de vie, son épargne et ses investissements.

Les dépenses

Les dépenses les plus importantes sont souvent bien connues : loyer, transport (leasing et/ou abo CFF), assurance maladie et alimentation.

Mais une part importante des dépenses est souvent sous-estimée parce qu’elle est fragmentée, automatique ou simplement agréable. On ne se pose donc pas toujours beaucoup de questions à leur sujet :

  • les repas pris à l’extérieur
  • les abonnements
  • les achats non prévus (bienvenue chez Qoqa et Galaxus)
  • les loisirs
  • ou encore les dépenses “exceptionnelles” qui finissent par revenir chaque année (je pense par exemple aux cadeaux de Noël, d’anniversaires…).

L’épargne

L’épargne correspond à tout ce qui est mis de côté ! Cela inclut les comptes d’épargne, mais aussi les piliers 3a et 3b, les investissements ou encore les remboursements d’hypothèque (mais pas les intérêts hypothécaires).

Il faudra toutefois distinguer l’épargne de précaution, l’épargne de projet et l’investissement à long terme, car ces catégories répondent à des objectifs différents et se trouvent généralement dans des supports de placement distincts.

Avoir une vision claire de ces flux permet de mieux comprendre sa situation financière réelle.

Diagramme Sankey illustrant la répartition des revenus entre dépenses, épargne et investissements

*exemple de représentation des flux annuels pour une personne seule, sans enfants

Les erreurs fréquentes

Ne pas connaître ses revenus réels

J’entends souvent des personnes parler uniquement de leur salaire mensuel. Personnellement, ce chiffre seul ne m’indique pas grand-chose.

  • montant brut ou net ?
  • avec ou sans treizième salaire ?
  • avec ou sans bonus ?
  • avant participation de l’employeur à l’assurance maladie ? ou même à un AG ?
  • une bonne LPP ou minimale ?

Beaucoup de personnes ne connaissent pas précisément leur revenu annualisé réel, alors que ce chiffre est fondamental pour comprendre sa capacité d’épargne et construire une stratégie financière cohérente.

Surestimer ce que l’on épargne

Sans vision claire de ses flux, on a tendance à surestimer son épargne.

Faire un virement mensuel vers un compte épargne est simple, mais si cet argent est régulièrement réutilisé pour payer les vacances, réparer la voiture ou absorber un imprévu, ce n’est plus d’une épargne long terme mais un fond de sécurité.

En effet, l’argent qui entre mais qui ressort régulièrement ne joue pas le même rôle qu’un capital investi sur plusieurs années.

Sous-estimer ses dépenses

Le cerveau humain cherche naturellement à réduire la sensation de “douleur” associée aux dépenses. Certaines catégories sont donc facilement minimisées :

  • les frais liés à la voiture
  • les restaurants
  • les cadeaux
  • ou encore les petites dépenses répétées

En faisant l’exercice d’évaluation de ses dépenses, on se rend compte qu’additionné sur une année entière, ça peut vite devenir significatif.

Ignorer certaines charges récurrentes

L’arrondi mental est toujours plus confortable. En général, certaines dépenses récurrentes deviennent invisibles :

  • abonnements
  • frais bancaires
  • repas du midi…

Le problème n’est pas forcément ce genre de dépenses mais le fait qu’elles disparaîssent inconsciemment avec le temps. J’ai moi-même cumulé plusieurs abonnements (Netflix, Disney+, HBO) avant de mettre un stop face à un montant devenu excessif à mon goût.

Ne pas lisser dans le temps

Toutes les dépenses n’arrivent pas chaque mois. Certaines charges importantes arrivent une ou deux fois par an :

  • vacances
  • service de la voiture
  • cadeaux
  • impôts
  • frais médicaux

À l’inverse, certaines entrées d’argent peuvent aussi être ponctuelles :

  • bonus
  • primes
  • treizième salaire
  • salaire associatif

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je préfère calculer mon taux d’épargne sur une année complète plutôt que sur un mois.

Rendre ses flux visibles

Aujourd’hui, il est relativement simple de visualiser ses finances grâce aux outils à disposition.

La plupart des applications bancaires proposent déjà une catégorisation automatique des dépenses. Certains outils permettent aussi d’aller plus loin avec des représentations plus visuelles des flux financiers.

Par exemple :

  • des applications de suivi budgétaire comme YNAB,
  • ou des visualisations de type diagramme de Sankey.

L’objectif n’est pas de tout contrôler de manière obsessionnelle, mais simplement de rendre visibles des dépenses qui passent souvent inaperçues.

Ce que nos flux disent réellement de nous

Au final, on se rend compte que ce bilan financier n’est pas neutre. Il reflète :

  • nos habitudes,
  • notre environnement,
  • notre histoire,
  • nos automatismes,
  • et parfois les comportements observés chez nos parents, nos amis ou notre entourage.

La première fois que l’on fait cet exercice sérieusement, on découvre souvent un écart entre ce que l’on pense valoriser et la réalité de nos dépenses. Mais c’est parfaitement normal, on est tous passés par là.

Les comportements financiers ne sont jamais le résultat d’une réflexion purement rationnelle. Comprendre ses flux n’a donc pas pour objectif de culpabiliser mais de poser un point de départ avant d’effectuer des changements en accord avec nos valeurs et nos souhaits d’avenir.

Une fois la réalité rendue visible, il est possible de construire une stratégie financière cohérente avec ses objectifs, ses priorités et la vie que l’on souhaite mener.

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