Investissement, spéculation ou pari

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Après avoir abordé les classes d’actifs, je trouve important de comprendre la différence entre investissement, spéculation et pari.
Ces termes sont souvent utilisés de manière interchangeable mais les distinguer permet de prendre de meilleures décisions et d’éviter des risques inutiles lorsqu’on cherche à faire croître son patrimoine.

Dans les trois cas, l’objectif est identique : utiliser son argent dans l’espoir d’un gain futur.

En revanche, l’approche diffère fortement selon le niveau de risque, le rendement attendu, l’existence (ou non) de flux de revenus, l’horizon de temps et le mindset adopté.

Investir

L’investissement vise un rendement positif à long terme. Sur la durée, on s’attend donc à gagner plus d’argent que l’on n’en perd.
Il repose sur la détention d’actifs capables de générer des revenus réguliers : actions versant des dividendes, obligations produisant des intérêts ou biens immobiliers locatifs…

La décision d’investir s’appuie sur des faits, des recherches et une analyse rationnelle.

Spéculer

La spéculation consiste à accepter une incertitude sur le signe du rendement, positif ou négatif, on peut aussi bien gagner que perdre de l’argent.
Elle repose souvent sur des actifs qui ne génèrent pas de revenus réguliers, comme l’or, l’art ou les devises. Le gain potentiel dépend principalement de l’évolution des prix et non de la production de valeur ou de revenus. La performance repose donc davantage sur le timing que sur la durée.

La spéculation combine une part de compétences et une part de hasard. Elle est fréquemment motivée par la peur de rater une opportunité (FOMO) avec l’exemple récent des cryptomonnaies.

À retenir
Ce n’est pas toujours l’actif lui-même qui détermine s’il s’agit d’un investissement ou d’une spéculation, mais l’intention, l’horizon et la source du rendement attendu.
Une action peut ainsi être un investissement (détention longue, dividendes) ou une spéculation (achat court terme, effet de levier, trading sur l’actualité).

Parier

À l’extrémité du spectre, les paris – ou jeux d’argent – sont des activités dont le rendement attendu est négatif sur le long terme. On y perd statistiquement plus d’argent que l’on en gagne.
Les probabilités sont structurellement défavorables au joueur : le casino a toujours l’avantage.

Ils sont pratiqués avant tout pour le divertissement et l’excitation et reposent surtout sur le hasard.

Trois usages, trois objectifs

L’investissement, la spéculation et les jeux de hasard sont donc trois manières d’utiliser son argent pour des objectifs différents.
Les jeux relèvent du divertissement, la spéculation stimule la dopamine et l’investissement vise la construction d’un patrimoine.

La plupart des gens ne sont pas exclusivement investisseurs, spéculateurs ou joueurs. La vraie question est plutôt : quelle part de votre argent joue quel rôle ?
Un investisseur cherchera des actifs de qualité à conserver pour produire des rendements durables, un spéculateur misera sur la volatilité dans l’espoir d’une plus-value, alors qu’un joueur acceptera de parier contre des probabilités défavorables.

Le cas de l’or – une histoire suisse…

En discutant avec une personne qui venait de toucher un petit héritage, elle me confia :
« Mes parents m’ont dit d’acheter de l’or. »
Une réponse très suisse. Pourquoi pas. Mais avant d’acheter, il est essentiel de replacer ce choix dans l’ensemble de sa situation financière et de ses objectifs.

L’or ne génère pas de revenus réguliers. Son prix est principalement déterminé par l’offre et la demande, ce qui en fait une forme de spéculation. On peut espérer une évolution positive, mais il ne s’agit pas d’un investissement au sens traditionnel, car il ne produit pas de flux d’argent et son rendement absolu reste incertain.

Acheter de l’or n’est pas absurde. Cela répond à une logique bien précise : protection perçue, diversification marginale, parfois simple héritage de croyances familiales. Le problème apparait lorsqu’on le traite comme un investissement central, sans se demander quelle fonction il remplit réellement dans un patrimoine.
La vraie question n’est pas est-ce que l’or est sûr ? – mais plutôt :
Quelle part de mon argent suis-je prêt à immobiliser dans un actif qui ne produit rien et dont le rendement est incertain ?

Se protéger des nouveaux produits

Ces distinctions sont aussi très utiles pour analyser les nouveaux produits financiers et déterminer s’ils ont réellement leur place dans son patrimoine. Lorsqu’un produit devient omniprésent – articles sponsorisés, vidéos enthousiastes, témoignages « authentiques » – on peut se demander qui y gagne vraiment dans l’histoire.

Il est alors essentiel d’identifier qui se trouve de l’autre côté de la transaction et sur quoi repose réellement la création de valeur. Les pubs mettent en avant les gains potentiels, mais passent sous silence les pertes possibles. Quant à la rentabilité globale, pour les vendeurs elle repose davantage sur les commissions, les frais ou les revenus d’affiliation que sur la performance du produit lui-même.

Le danger n’est pas de spéculer, mais de spéculer avec de l’argent destiné à l’investissement.

Avant tout nouvel « investissement », une seule question devrait se poser : dans quelle catégorie le ranger, et quelle part de mon patrimoine suis-je prêt à perdre ?

  • Investissement : argent destiné au long terme, relativement intouchable
  • Spéculation : argent exposé à une forte volatilité
  • Pari : argent que l’on considère déjà comme dépensé

Ce cadre permet d’écarter naturellement les produits à effet de levier, les rendements prétendument garantis et les promesses marketing agressives – ainsi que les produits combinés mélangeant assurance et investissement, fréquemment proposés dans les piliers 3a ou 3b.

Pour conclure

L’adrénaline de la spéculation et du jeu est attirante – oui, moi aussi j’achète mon petit ticket de loto tous les vendredi 13… Mais sur la durée, la stratégie la plus robuste reste l’investissement dans un portefeuille diversifié, composé de plusieurs classes d’actifs, avec une large place aux ETF indiciels.
Avec une faible part de son patrimoine, il est toujours possible de spéculer ou de jouer, à condition de ne pas mettre en danger son équilibre financier ni sa capacité à continuer à investir.

Investissement

– Risque faible/modéré
– Long terme
– Rendement positif
– Génère des revenus
– Patience requise
– Repose sur des faits et une analyse

DCA

Gestion passive

ETF indiciel

Immobilier locatif

Spéculation

Risque modéré/élevé
– Moyen/court terme
-Rendement incertain
– Ne génère pas de revenus
– Stimulant
– Repose sur des anticipations/opinions

Gestion active

Market timing

Effet levier

Action individuelle

Cryptoactif

Pari

Risque élevé
– Très court terme
– Rendement négatif
– Ne génère pas de revenus
– Euphorisant
– Repose sur le hasard

Casino

Pari sportif

Jeux en ligne

“All I want to know is where I’m going to die, so I’ll never go there.”
– Charlie Munger –

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