
En plus de l’inflation classique, il existe un phénomène plus insidieux, mais qui peut profondément affecter notre capacité à épargner et à préserver notre santé financière : l’inflation du mode de vie (lifestyle creep).
Il s’agit de l’augmentation progressive du niveau de vie au fur et à mesure que le revenu disponible augmente.
Des luxes d’hier deviennent les nécessités d’aujourd’hui et cela se produit lentement, presque sans que l’on s’en rende compte.
Peu à peu, les dépenses consacrées au confort et aux “améliorations” s’installent. Des dépenses considérées comme superflues deviennent rapidement perçues comme essentielles.
Le glissement progressif des dépenses
Avec l’inflation du mode de vie, on dépense davantage, souvent sans en tirer un réel gain de qualité de vie :
- manger ou commander à l’extérieur si souvent que cela ne procure plus vraiment de plaisir,
- remplir ses placards au point d’avoir trop (merci QoQa),
- acheter en suivant les tendances Instagram ou TikTok,
- accumuler jeux vidéo ou films sans jamais avoir le temps d’en profiter,
- multiplier les abonnements que l’on n’utilise pas vraiment,
- investir massivement dans un hobby au point que cela n’apporte plus autant de satisfaction,
- payer un abonnement de sport sans y aller régulièrement
Et selon la définition qu’on lui donne, cela peut aller jusqu’à l’achat d’un chalet en montagne ou d’un van de voyage.
Personnellement, je me suis déjà surprise à tomber dans ce piège. Pas avec un yacht, mais avec des petits conforts répétés : ce café/croissant hors de prix à l’aéroport, ces commandes successives de livres sur Amazon parce que c’est si simple et si rapide, ce vol direct plus cher qu’une escale de 2h.
L’ensemble de ces nouvelles dépenses redéfinit progressivement notre niveau de vie.
Comment détecter l’inflation du mode de vie ?
L’inflation du mode de vie survient souvent après une promotion, une prime, une augmentation de salaire…
Voici quelques signaux d’alerte :
- vos revenus ont augmenté, mais pas votre épargne
- vous ne faites plus vraiment de budget
- vous ne suivez plus vos dépenses ou votre compte courant comme avant
- vous êtes devenu indifférent aux prix (“J’ai les moyens, pourquoi pas ?”)
Les vrais dangers
Moins d’épargne
Avec l’inflation du mode de vie, les changements sont tellement faibles au départ qu’ils passent inaperçus, puis ils deviennent la nouvelle norme.
Notre augmentation de revenu est alors absorbée par ce nouveau mode de vie.
C’est ainsi que, malgré des revenus plus élevés au fil des années, l’épargne peut stagner… voire diminuer. Et cela veut aussi dire que cette nouvelle norme devra être maintenue dans le temps. Parfois à vie.
En théorie, lorsqu’un revenu supplémentaire arrive, une règle simple peut permettre (tout juste) de couvrir l’inflation de son mode de vie :
Épargner au moins la moitié de l’augmentation et utiliser l’autre moitié sans culpabilité.
Si l’on consomme la totalité de l’augmentation, cela signifie que notre coût de vie augmente. Pour compenser cela durablement, il faudrait alors aussi augmenter notre épargne.
La marche arrière est plus difficile
Réduire son niveau de vie — la déflation du mode de vie — est extrêmement difficile.
Les économistes parlent d’un effet cliquet (ratchet effect) : une fois qu’un certain niveau de consommation est atteint, il devient psychologiquement compliqué de revenir en arrière à cause des habitudes et des engagements qui ont été pris.
Ainsi, en cas de baisse de revenu, un ménage tend à maintenir son niveau de consommation… même si cela met le budget sous tension.
Que faire ?
En soi, je ne suis pas contre le fait de s’offrir plus de confort lorsque les revenus augmentent. L’argent sert aussi à améliorer notre qualité de vie – treat yourself, comme dirait les américains.
Le problème apparaît lorsque les hausses de dépenses sont importantes, que les gains en qualité de vie sont faibles et que donc l’avenir financier est fragilisé.
Pour éviter l’inflation du mode de vie :
- ne pas dépenser l’intégralité du revenu supplémentaire
- répartir consciemment entre épargne, investissement et plaisir (par exemple via un budget inversé ou en ajustant son épargne automatique)
- définir en amont un taux d’épargne cible (sortez vos calculatrices !)
Le degré d’ajustement dépend entièrement de sa situation (patrimoine, flux de trésorerie, changement de situation de vie) et de ses objectifs de vie.
Et si vos amis passent leurs vacances à Zermatt, si votre voisin installe un jacuzzi, si un collègue prend la business class pour New York… et que vous êtes tentés de les copier, il vaut la peine de se poser ces questions :
- est-ce que cette dépense sert uniquement à maintenir un statut social ?
- est-ce que cela m’apporte réellement plus de bonheur ? ou de qualité de vie ?
- est-ce aligné avec mes valeurs ?
- est-ce cohérent avec mes objectifs à long terme ?
Car lorsqu’une dépense est alignée avec ses valeurs, il est beaucoup plus facile de l’assumer — et surtout de renoncer aux autres.
Tout ce qui devient normal finit par coûter cher.
