Parler d’argent à deux

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Personnellement, je n’ai jamais eu de difficulté à parler d’argent. Pour moi, c’est un sujet comme un autre. Je peux discuter budget, investissement ou salaire autour d’un café sans ressentir de gêne particulière, j’imagine que ça vient de mon enfance et de ma famille…

Je me suis vite rendu compte que ce n’était pas le cas de la majorité de mes amis ou collègues. Dans un couple, cette conversation est souvent repoussée le plus longtemps possible. Pourtant, je suis convaincue qu’elle fait partie des plus importantes à avoir.

Pourquoi c’est si difficile

Parler d’argent n’est pas anodin. Que ce soit avec sa famille, ses amis ou son partenaire, cette conversation est souvent source de gêne ou de stress. On préfère parler d’amour, de voyages ou de projets que d’argent.
Qui a envie de révéler qu’il a pris un leasing à la limite de sa capacité d’endettement pour avoir la dernière Audi de 450 cv ? Ou d’avouer que sa collection de chaussures a été payée avec une carte de crédit à 15 % d’intérêt ?

Ok, j’ai pris des exemples caricaturaux. Mais ils illustrent le fait que l’argent touche directement à notre identité. Il reflète notre éducation, nos habitudes, nos priorités et même l’image que nous souhaitons renvoyer aux autres. Parler d’argent, c’est donc dévoiler une partie de soi et accepter que certaines de nos décisions puissent être questionnées.

Dans un couple, la difficulté est d’autant plus grande que les décisions financières de l’un ont souvent des conséquences sur l’autre. Une façon de dépenser, d’épargner ou d’investir peut influencer les projets communs pendant de nombreuses années.

Pourtant, c’est justement cette discussion qui permet de construire une vision commune de l’avenir.

Pourquoi en parler

Beaucoup de conflits de couple ne viennent pas uniquement d’un manque d’argent, mais d’attentes différentes qui n’ont jamais été exprimées.
Petit à petit, on découvre si son partenaire est plutôt dépensier ou économe. Mais ces mots ne veulent pas dire la même chose pour tout le monde. Pour certains, économiser est rassurant. Pour d’autres, profiter de la vie aujourd’hui est plus important que préparer demain.

Derrière ces comportements se cachent souvent des valeurs, des expériences de vie ou des peurs très différentes.

En discuter permet de mieux comprendre l’autre plutôt que de le juger.

Parler d’argent permet également d’apaiser certaines inquiétudes. C’est l’occasion de partager ses objectifs de vie, ses rêves, ses priorités et de réfléchir ensemble à la manière de les financer. C’est aussi un moyen de renforcer la sécurité financière du couple et d’éviter que des incompréhensions ne s’installent avec le temps (voir l’article sur la répartition de l’argent dans le couple).

Organiser un « date financier »

Ce genre de conversation ne doit pas se faire entre deux portes, au moment de payer une facture ou après une dispute.
Beaucoup de podcast proposent d’organiser un véritable « date financier » : une soirée ou un déjeuner consacré uniquement à ses finances. L’idée est de créer un moment calme où chacun peut parler de sa situation, de ses objectifs et de ses inquiétudes sans se mettre la pression. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de commencer par les chiffres, le fichier Excel ou les relevés de comptes.

Les questions à poser

Pour une première discussion, il est souvent plus facile de commencer par des questions qui font rêver.

  • Si tu gagnais au loto demain, qu’est-ce que tu changerais dans ta vie ?
  • Quel est le projet le plus fou que tu aimerais réaliser si l’argent n’était pas un frein ?
  • À quoi ressemble, pour toi, une vie confortable ?

Ces questions permettent de mieux comprendre les aspirations de son partenaire avant d’aborder des sujets plus concrets mais toujours simples.

  • Comment prépares-tu ton budget vacances ?
  • Quels sont les petits plaisirs que tu t’autorises chaque mois ?
  • Qu’est-ce qui te donne envie d’économiser ?

Puis, progressivement, revenir sur les aspects pratiques :

  • Quels sont aujourd’hui nos revenus et nos charges ?
  • Où en est notre épargne ?
  • Avons-nous des dettes ou des engagements financiers importants ?
  • Quels sont nos projets pour les cinq ou dix prochaines années ?
  • Qu’est-ce qui nous semble être une répartition équitable des dépenses ?
  • Souhaitons-nous constituer une épargne commune ? Si oui, dans quel objectif ?

L’objectif n’est pas d’obtenir toutes les réponses, mais d’engager une conversation qui évoluera avec le temps.

À quelle fréquence ?

Certaines personnes recommandent d’organiser un date financier une ou deux fois par an, d’autres chaque trimestre. Ces rendez-vous permettent de vérifier que l’organisation choisie est toujours adaptée et que les projets avancent comme prévu.

C’est aussi l’occasion de s’assurer que chacun reste informé de la situation financière du couple. Souvent, l’un des deux prend davantage en charge la gestion quotidienne. Cela ne signifie pas que l’autre doit totalement s’en désintéresser. Les grandes décisions, les investissements ou l’évolution de l’épargne concernent les deux. Personnellement, je pense que chacun a la responsabilité de comprendre où en sont les finances communes.

Pourquoi cette discussion est particulièrement importante pour les femmes

Statistiquement, elles gagnent encore moins que les hommes, interrompent plus souvent leur carrière ou réduisent leur temps de travail, notamment pour s’occuper des enfants ou d’un proche. Ces choix, qui profitent à toute la famille, ont aussi des conséquences sur leurs revenus, leur patrimoine et leur retraite.

C’est une raison supplémentaire de prendre le temps de réfléchir à la manière dont le couple organise ses finances et à la façon dont chacun construit sa sécurité financière sur le long terme.

Je suis également convaincue qu’il est sain de conserver une certaine indépendance financière, même lorsque tout va bien. Disposer d’une épargne personnelle ne signifie pas que l’on fait moins confiance à son partenaire. C’est simplement conserver un filet de sécurité qui permet de garder sa liberté de choix en cas d’imprévu.

Enfin, il ne faut pas oublier que les violences économiques existent. Contrôler les dépenses de son partenaire, l’empêcher d’avoir accès aux comptes ou le rendre financièrement dépendant sont des formes de violence encore trop peu connues. Là encore, mieux vaut prévenir que guérir.

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